LE BLANC CORSET, Revue de dEtails
Définition
Aujourd'hui, lorsque l'on parle de corset, aussitôt
apparait l'image d'un instrument de torture, carcan rigide empli de baleines et d'un
busc qui redresse la silhouette avec autorité. Sauf qu'au XVIIIème siècle,
cette pièce d'habillement portait le nom de corps à
baleines.
A l'époque, le corset ou blanc
corset ou corps de cotte est au contraire
un vêtement souple. Il peut être rigidifié par quelques baleines situées
sur le devant et au milieu de dos. Il est généralement en toile piquée
qui assure le maintien. Il tire son nom du fait qu'il est "blanc" de baleines
- sans baleines - et non du fait qu'il soit en majorité réalisé en
toile blanche qui en permet le lavage fréquent. Des manches peuvent être
lacées ou cousues sur l'épaule. Il est fermé soit par laçage,
soit par des épingles.
Définition de Furetière (1701) :
On appelle encore corps de cotte, le corps piqué que les femmes portent sur
leur robe, où elles attachent leurs jupes et leurs cottes. Il est porté
sans manches par les paysannes et surtout par les nourrices {...}
{...} un petit corps, qui est ordinairement de toile piquée, & sans baleines,
& et que les Dames mettent lorsqu'elles sont en déshabillé.
Souvent dissimulé sous le casaquin et le tablier, il existe peu de représentations
datées du XVIIIème du blanc corset. A notre grand regret.
En voici quand même quelques exemples :
Détail du Port de Rochefort par Joseph Vernet.
Sur l'original, le blanc corset est nettement plus évident.
Détail de La cruche cassée de J-Baptiste Greuze -1772
Greuze
Détail du lever de Fanchon de Nicolas-Bernard Lépicié - 1774
Denis Diderot (1713-1784) en fait mention dans une fausse lettre de Mme Madin au Marquis de Croismare, datée du 25 avril 1760 :
{...} Quelques corsets, tabliers et mouchoirs de cou.
citée dans le catalogue de l'exposition "De la Mode et des
Lettres" au Palais Galiera, Paris, du 7 décembre 1984 au 14 avril 1985
Qui le porte et quand ? Le blanc corset est porté par la plupart des femmes "actives" (artisans, agriculteurs, petits commerçants) car il permet une liberté de mouvements nécessaire pour effectuer toutes les tâches quotidiennes qu'implique la tenue d'une maison, d'une échoppe ou d'un commerce.
Mais les femmes de la bourgeoisie et de la noblesse le portent également lorsqu'elles sont en "négligé". Il est évident que ceux-ci sont d'une facture plus complexe et confectionnés dans des tissus de plus grande qualité. Ils sont un prviliège de production du corps des brodeurs. Un soin particulier est apporté aux motifs floraux réalisés selon la technique de la Piqûre de Marseille (entre deux coutures, une mèche de coton brut est insérée créant ainsi un relief aux motifs).
Tissus employés et patrons
Le blanc corset que nous vous proposons de confectionner est de facture simple, tel
qu'il pouvait être réalisé par la maîtresse de maison d'une classe
sociale peu aisée.
Notre blanc corset est confectionné avec un molleton de laine pris entre deux
toiles de coton blanc.Une toile de lin est tout à fait envisageable.
Pour le molleton, ouate ou bourre de soie (partie extérieure du cocon) étaient
utilisés à l'époque. Elles sont aujourd'hui moins faciles à trouver
et beaucoup plus onéreuses qu'au XVIIIème siècle où les manufactures
de soie permettaient de récupérer les rebuts.
On peut également ajouter deux épaisseurs d'un tissu raide type toile de
Nîmes amidonnée de part et d'autre du molleton
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Le molleton est maintenu par des coutures qui forment, selon les goûts de la
couturière, des carrés ou des losanges. Ces surpiqûres donnent son
nom à ce type de tissu composite : toile piquée. Elles sont réalisées après le montage du vêtement pour conserver l'unité du dessin |
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Entre les deux toiles de coton, le molleton de laine. Une vieille couverture fait très bien l'affaire |
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Deux ou quatre baleines métalliques (les cétacés sont à présent
des animaux préservés et j'y tiens) sont glissées dans des gouttières
piquées sur le devant avant les oeillets ou au milieu du dos. Un gros grain de coton blanc assure la finition sur tout le pourtour du blanc corset. |
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Le patron que nous utilisons est celui de l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Sur les deux patrons ci-dessous, les coutures sont indiquées en rose, les baleines en gris. Ce blanc corset est cousu dans le dos et ne possède pas de manches. |
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Ce blanc corset est lacé devant et derrière. Des baleines sont glissées dans les goutières devant et dos. Les épaules sont cousues. Les manches longues sont lacées aux épaules |
Réalisation
Dessinez et coupez le patron à vos mesures.
Couper deux fois le patron dans la toile de coton pour le tissu Face et la doublure
en ajoutant 2 bons centimètres pour les coutures, puis couper une fois le
patron dans le molleton sans ajouter de couture.
Placer le molleton entre les deux toiles et bâtir à grands points afin
de le maintenir en place.
Coudre ensemble uniquement sur le milieu Devant la doublure
et le tissu Face Devant. Si vous choississez le patron N°2, faîtes de même
pour le millieu dos. Puis ôter le molleton sur la largeur de la baleine et piquer
à points trés serrés la gouttière dans laquelle elle sera insérée
Coudre les pièces entre elles
comme s'il s'agissait d'un seul morceau de tissu. Vous cousez donc ensemble 4 épaisseurs
de toile dépassant du molleton - il sera maintenu bien en place avec les losanges
ou les carrés piqués en fin de montage.
Une fois les coutures terminées, couper à 5 mm le surplus des tissus Face
Dos et Devant et Doublure Dos. Rabatter la Doublure Devant sur la Doublure Dos de
façon à cacher les tissus coupés et coudre à points glissés
Vous pouvez aussi couper à 5 mm les 4 tissus et les arrêter au point de
surfil
Sur l'endroit du blanc corset, tracer à la craie le
quadrillage en losanges ou en carré comme bon vous semble, pour les surpiqûres
qui tiennent le molleton en place. Puis piquer en points avant simples en prenant
bien les 3 épaisseurs de tissus (toile-molleton-toile). Oter le bâti.
Pour les manches du patron N°2, dessiner le patron à vos mesures prises
avec la chemise puis couper et monter de la même façon que pour le blanc
corset mais en laissant une des coutures du dessous de manche ouverte afin de faciliter
le traçage et le surpiquage. Celui-ci terminé, fermer cette couture comme
indiqué ci-dessus.
Placer le gros grain à cheval sur les 3 épaisseurs de tissu en commençant
par le bas du devant et piquer à petits points sur tout le pourtour du blanc
corset. Faire de même pour le haut et le bas des manches
Percer et coudre les oeillets devant
au ras des baleines et aux épaules pour le patron N°1 ; devant, dos et
aux épaules et en haut des manches pour le patron N°2.
Et voilà, glisser un lacet fait maison dans les oeillets et faire rager les copines !